« Comme rien n’est plus précieux que le temps, il n’y a pas plus grande générosité qu’à le perdre sans compter. »

Marcel Jouhandeau

L’Erasmus est une fête

Le thème de la fête est celui qui revient le plus, lorsqu’on parle d’Erasmus. Les Erasmus sont connus pour être de vrais hédonistes, qui, comme s’ils n’avaient qu’une année à vivre, s’appliquaient à la vivre à fond.

Ils n’étudient pas. Ils font la fête. On le sait, parce que déjà en France, ceux qui vivent dans les chambres universitaires du CROUS se plaignent du bruit qu’ils font toute la nuit. C’est pour ça que quand on part en Erasmus, on est convaincu que c’est notre tour d’empêcher les étudiants locaux de dormir et d’étudier dans le calme.

Au début, ce n’est pas tout à fait faux. Quand je skypais avec mes copines, qui étaient en séjour à l’étranger également, au mois d’octobre, nous nous disions que jamais nous n’étions autant sorties de notre vie. En moyenne, 4 à 5 fois par semaines, pour les plus raisonnables.

Dans mon cas, au début de l’année, je sortais tous les soirs pendant près d’un mois, alors qu’en France, j’étais une vraie pantouflarde. L’effet de groupe sans doute. Une routine s’est rapidement dessinée.

  • 12 h-14 h : Réveil
  • 15h-20h : plage/bières
  • 20h-22h : douche/maquillage/habillage/dîner
  • 22h-Minuit : pre-drinks en appartement
  • Minuit-6h : Boîte de nuit
  • 6h-8h : after en appartement
  • 8h-midi : dodo
  • Et rebelote !

Ça n’a tenu qu’un mois, évidemment.

Je connais une Erasmus anglaise, qui, elle, limitait ses soirées à quatre fois par semaines. Son rythme de fêtarde Erasmus a duré six mois. Tout le premier semestre.

Des conséquences et des risques

Bien sûr, un rythme pareil a des conséquences.

  • Le plus évident, c’est que ça ne nous permet pas d’aller en cours le matin. L’Erasmus anglaise, dont je viens de vous parler, a simplement séché le premier semestre.
  • Notre corps s’habitue à gérer beaucoup plus d’alcool que de mesure. On ne ressent plus vraiment les effets des nausées du lendemain, même si on se saoule tous les soirs. On ne ressent plus la faim, ni la fatigue. Et on s’en émerveille. On se dit que l’on est devenu plus résistant.
  • Les appartements deviennent des porcheries, à force d’accueillir des soirées. Les hôtes ne prennent pas le temps de nettoyer en fin de fête, par ce qu’il n’y a pas de fin de fête.
  • Les effets de groupe nous poussent à boire plus qu’on ne le voudrait. On apprend de nouvelles techniques, pour se saouler plus vite. Surtout avec les Mexicains et leur tequila importée qu’ils refusent de gâcher avec un quelconque diluant.
  • Et puis faire la fête, ça prend du temps. Ça ne laisse pas de place aux activités que vous auriez pu faire, si vous ne faisiez pas que cela : visiter, voyager, lire, ou tout simplement « bouiner ». Moi-même, la première fois que j’ai vu le centre historique de jour à Cadix, c’est lorsque mes parents m’ont rendu visite en octobre. Il faut quand même admettre que c’est dommage. Erasmus fait souvent de nous des créatures nocturnes. Mais ça serait du gâchis de ne pas chercher à découvrir les autres facettes de ce programme.
  • Un des plus gros risques à évoquer est de nature existentielle. Le rythme extravagant des soirées vous donne une manière d’exister. Tout bêtement, vous ne vous ennuyez plus, et vous ne savez plus vous ennuyer. Si vous vous retrouvez chez vous un jeudi, ou un samedi soir, vous avez l’impression de perdre votre vie sociale. Vous déprimez. Vous envoyez des messages à tous vos contacts pour savoir si quelqu’un ne voudrait pas sortir. Si vous ne trouvez personne, alors il est possible que vous décidiez de sortir seul. En vous disant que de toute façon, vous ferez de nouvelles rencontres au bar.

La culture de la fête devient une addiction, un mode de vie avec lequel on a du mal à prendre de la distance. Cela représente un danger pour votre santé, comme pour votre moral. Décidez de garder la liberté de choisir si oui ou non, vous avez vraiment envie de sortir un soir, ou si vous avez quelque chose d’autre qui vous tente. En Erasmus, on oublie de se poser la question, et c’est ça qui est dommage.

Extrait du film L’auberge espagnole de Cédric Klapisch

Des opportunités

La culture de la fête n’a, évidemment, pas que des inconvénients. Elle porte aussi sa part d’opportunités, pour les étudiants étrangers que nous sommes. D’abord, en soirée, la barrière de la langue s’efface. Quand on danse, quand on boit, quand on chante, peu importe notre langue maternelle. On se comprend très bien les uns les autres.

Quand on a bu :

  • On a moins peur de parler dans une langue étrangère et de faire des fautes.
  • On va plus facilement vers les autres.
  • On ose même approcher les étudiants locaux.

Ce rapprochement n’est pas une mince affaire. Créer des liens avec les étudiants locaux est un processus plein d’obstacles. D’abord parce que vous avez des préjugés sur eux et qu’ils en ont sur vous :

“Les étudiants locaux ne s’ouvrent pas aux Erasmus” ;

“Les Erasmus restent entre eux”.

Ensuite, parce qu’ils savent que vous ne resterez pas. Ils ne miseront donc pas sur une amitié solide avec vous. Pourtant, en soirée, on oublie ces idées qui nous retiennent d’aller les uns vers les autres, et de nous rencontrer.

C’est une opportunité importante, car, lorsque vous rencontrez des étudiants locaux en soirée, que vous échangez vos numéros, alors vous pouvez de nouveau les rencontrer dans un autre contexte, et apprendre la culture de votre pays d’accueil de l’intérieur.

Le rythme de la fête ne vous impose aucune routine. Sortir avec les mêmes personnes, aux mêmes endroits, n’est pas une obligation. Ouvrez-vous aux propositions que l’on vous fait. De nombreuses soirées à thème sont organisées par les associations étudiantes et Erasmus.

Il suffit de garder un œil sur la page Facebook du groupe et des événements. French party, Ruissian party, Boat Party, Selfie Party, Yellow Party, Pyjama Party … La diversité des projets vous étonnera.

Et rien ne vous empêche d’imaginer vous-même des thèmes de soirées. Par exemple, les Erasmus organisent souvent des dîners nationaux. Moi-même, j’ai pu ainsi goûter à de la nourriture bavaroise typique et faite maison, à de la nourriture jordanienne et polonaise. Ce sont des plats que vous ne trouverez pas facilement en restaurant, à moins de voyager dans ces contrées lointaines. Alors, profitez de ne pas avoir à bouger, pour que le monde vienne à vous.

Il est aussi intéressant de s’intégrer à un groupe culturellement homogène. De préférence, parlant une langue que vous parlez aussi, sinon vous vous retrouverez mis de côté rapidement.

Par exemple, avec mon copain polonais, nous sommes un jour allés à une soirée espagnole, où à part nous, tous les invités étaient andalous. La fête a tourné au débat politique, pour la simple raison que les Andalous présents étaient des membres du parti politique d’extrême gauche « Podemos » et que, venant de Pologne, mon copain voue une sainte horreur au communisme et à tout ce qui s’en rapproche. Sans accrochage, ni irrespect, ils se sont parlé en essayant de faire comprendre leur point de vue. On en est tous ressortis plus tolérants, et plus au fait des théories et applications politiques de la gauche en général, notamment en Espagne et en Pologne.

En bref, la fête permet la rencontre. Alors, ne vous privez pas de varier les plaisirs, les types de soirées, et les amis avec qui vous sortez.

Zurek, une soupe polonaise. J’adoooooooore !

Un phénomène qui s’essouffle

Le rythme des soirées Erasmus ne dure pas. Si votre séjour à l’étranger dure 9 mois, vous constaterez une énorme différence entre la façon dont vous vivrez vos premières et vos dernières semaines.

Et c’est normal. La fatigue, votre foie, l’arrivée des examens ne vous permettront simplement pas de sortir autant. Vous vous lasserez aussi. Chercherez une nouvelle manière de vivre votre Erasmus.

Si je sortais tous les soirs au début de l’année, en juin, je ne sortais qu’une fois par semaine. Mon amie anglaise, qui sortait 3 fois par semaine, a décidé d’être plus sérieuse au deuxième semestre, et a réduit ses sorties à une ou deux fois par semaine. Ce n’est pas plus mal.

Lorsqu’on sort moins, on sort mieux. On prend le temps d’organiser, d’inviter, de choisir ce qu’on fera. Et on profite davantage. Même si, c’est inévitable, notre corps est moins endurant qu’au début de l’année. Mais ça, c’est un signe de santé.

Cet article est extrait de mon premier livre Réussir son Erasmus, voyage étudiant en Europe et dans le monde aux éditions Kawa.

Share: