Photo de Bernard Stoloff

«Voyager sans rencontrer l’autre, ce n’est pas voyager, c’est se déplacer.»

Alexandra David Neel

S’éloigner de ses proches

 

Très souvent, c’est ce qui nous empêche de partir. La famille, les amis, le petit ou la petite amie. Le départ, c’est une rupture inévitable avec notre vie passée. Avec ceux qui nous entouraient. La famille nous manque. On perd de vue certains amis. On met sa relation amoureuse en danger. On nous avait prévenus avant que l’on ne parte: “Ça passera, ou ça cassera”. Certains sont si fatalistes qu’ils choisissent de rompre avant de partir.

Mais relativisons. Nous vivons au 21e siècle. La technologie nous permet de garder une certaine proximité, même quand on est à des milliers de kilomètres les un des autres. Facebook nous permet de partager des photos, de partager notre quotidien avec ceux que l’on a laissés au pays. Skype nous permet de les voir et de leur parler. Whatsapp, de les appeler ou d’échanger des messages, écrits comme vocaux.

Attention tout de même à lâcher votre portable pour profiter de votre année !

Et pour les retardés de la technologie comme moi, il suffit de se renseigner chez son opérateur. Le séjour à l’étranger est devenu un phénomène en plein essor. Et les opérateurs mobiles ne sont pas assez fous pour manquer l’opportunité de proposer des offres adaptées à la communauté Erasmus. Vous pouvez trouver des forfaits avec appels et messages illimités vers tous les pays de l’UE. Il suffit de se renseigner. Quant à ceux qui partent hors de l’Union, vous trouverez des forfaits spéciaux rattachant la France à votre pays d’accueil.

Bien sûr, si la technologie vous permet de garder le contact avec vos proches, elle ne remplacera pas leur présence. Alors, pensez aussi à les inviter à vous rendre visite. Aujourd’hui, avec les avions Low Cost, et l’avancée du covoiturage, vous pouvez trouver des offres très avantageuses, si vous vous y prenez à l’avance. Il suffit d’éviter la haute saison, les vacances scolaires et les week-ends. Utilisez les outils qu’internet met à votre disposition : consultez les comparateurs de vols et les forums, vérifiez si les prix ne sont pas moins chers en faisant des détours, préférez les grands aéroports aux petits.

Par exemple, en venant à Cadix, la première fois, j’ai atterri à Jerez de la Frontera, à 25km de la ville. En partant d’Orly, ça m’a coûté environ 200 euros, parce que je m’y suis prise seulement un mois à l’avance. En faisant une simulation, je me suis rendu compte que j’aurai pu arriver à la même date (le 26 septembre) en atterrissant à Séville, qui se trouve à une heure en voiture de Cadix, avec un vol direct coûtant 22 euros. Mais attention, cela n’est valable que si vous anticipez en prenant quelques mois d’avance, en choisissant des Low Cost, et en évitant les week-ends.

Il faut donc dédramatiser. La rapidité et le coût raisonnable des transports raccourcissent les distances. Je suis, à cet instant précis, assise à mon bureau, dans mon appartement, en Andalousie, mais je sais que je ne suis qu’à deux heures et demie de Paris. Où que vous vous trouviez en Europe, vous serez toujours à moins de 5 heures de vols (directs) de la France.

Mon père a trouvé l’occasion de visiter Séville qu’il ne connaissait pas, en venant me voir.

Mais tout cela est à relativiser pour ceux qui choisissent de partir sur un autre continent. Pour eux, voir leurs proches durant leur séjour se révélera forcément plus difficile. Les prix seront plus hauts, la durée des vols, beaucoup plus longue. Mais si vous vous sentez capables de supporter cet éloignement, alors il n’y a aucune raison de vous priver de dépaysement ! Encore une fois, il s’agit de faire un choix qui vous corresponde.

De nouvelles rencontres

 

Le séjour à l’étranger éloigne. C’est vrai. Mais il rapproche aussi. Vous serez amenés à faire de nouvelles rencontres. Que ce soit dans les bars étudiants, dans votre université, dans votre travail, ou même dans votre appartement. Les Erasmus, très souvent, vivent en colocation. Je n’en connais qu’une qui n’a pas fait ce choix. Elle est anglaise, et venir en Espagne lui permettait financièrement, pour la première fois de sa vie, de vivre seule.

Certains s’inscrivent sur les groupes Facebook Erasmus (il suffit de rechercher “groupe Erasmus + nom de la ville”) et ont trouvé leurs colocataires et leur appartement avant leur départ. Ils apprennent à se connaître en s’envoyant des messages via internet, avant de se rencontrer physiquement. Ce moyen peut être rassurant pour beaucoup d’entre nous, pour qui se jeter dans un inconnu complet fait vraiment peur.

D’autres arrivent et se logent dans des auberges de jeunesse, en attendant de trouver un appartement. Pour beaucoup, ces auberges de jeunesse constituent le premier lieu de sociabilisation. L’endroit où l’on trouve ses premiers amis, expatriés, voyageurs et Erasmus. Ceux que nous rencontrons d’abord, ce sont donc ceux avec qui nous vivrons.

Ensuite, l’intégration se fera par la fête et l’université. Se repérant facilement entre eux, les Erasmus forment très rapidement des groupes ouverts, qui restent souvent unis tout au long du séjour. Ce sont des amis que vous choisirez ou non de garder, une fois rentré en France.

Parce qu’il faut rester réaliste, garder le lien avec ses amis Erasmus n’est pas chose facile. La distance demande de l’implication dans les relations, qu’elles soient familiales, amoureuses ou amicales. Et cette implication nécessite de la volonté et du temps. Mais rien n’empêche de vous rendre visite, d’un pays à un autre.

Par exemple, cette année, nous sommes allés à Lisbonne, en vacances, avec mon copain qui est polonais. Il a passé une soirée festive avec un ami portugais qui était venu faire son Erasmus à Wroclaw, en Pologne. Ils se remémoraient leurs bons souvenirs, se donnaient des nouvelles de leurs connaissances communes. Bref, même en ne s’étant pas parlé depuis de nombreux mois, ils sont restés amis.

Se méfier des mauvaises rencontres

 

Il faut quand même préciser les risques qu’impliquent de tels groupes Erasmus. Lorsqu’on arrive dans une ville, où l’on ne connaît personne, la première communauté qui nous accueille est souvent celle que l’on adopte. C’est instinctif. Seulement ces groupes peuvent être malsains. Malsains, parce qu’au bout d’un moment, ils se ferment et deviennent sectaires.

Moi-même, lorsque je suis arrivée à Cadix, les premières personnes que j’ai rencontrées étaient mes deux colocataires. Un Mexicain et une Italienne. Étant dans la ville depuis plusieurs jours, ils avaient déjà rencontré du monde, et une bande d’amis était en train de se former. Nous sortions toujours ensemble, faisions de petits voyages dans la région ensemble, allions à la plage toute la journée ensemble. Après un mois, les garçons nous ont présenté une nouvelle recrue, une Allemande. Les filles ne l’ont pas acceptée. Et par un effet de groupe pervers, cette Allemande s’est retrouvée insultée, malmenée jusqu’à ce qu’elle décide elle-même de prendre ses distances.

Certaines personnes ne nous conviennent pas en tant qu’amis. Elles ne nous permettent pas de nous épanouir, mais au contraire, nous font disparaître derrière un groupe. Il s’agit de garder du recul, et de se demander si telle ou telle relation est bonne pour nous. Le séjour à l’étranger ne dure que quelques mois. Il serait dommage de le gâcher parce qu’on n’a pas su prendre des distances avec des gens sur qui nous sommes mal tombés. Il ne faut pas avoir peur de s’éloigner et de rencontrer de nouvelles personnes, qui nous correspondent mieux.

Les Erasmus sont très différents les uns des autres. Ce ne sont pas seulement leur langue, leur mentalité et leur culture qui les différencient, mais aussi leur caractère et leur vision du monde. Parmi eux, vous trouverez forcément des personnes susceptibles de devenir vos vrais amis.

Et quand vous rentrerez, la distance fera le tri d’elle-même. Ce ne sont que les meilleurs qui resteront dans vos contacts téléphoniques et affectifs. C’est d’ailleurs aussi le cas de votre année à l’étranger, qui dit grossièrement, vous permettra de faire le tri entre les bons amis et les moins bons. La distance physique vous aidera à prendre du recul sur vos relations. Et ça aussi, c’est une chance.

Peut-être LA rencontre

Erasmus peut aussi bouleverser votre vie amoureuse. Une étude de la Commission européenne nous le prouve, chiffres à l’appui. Le programme Erasmus a été créé en 1987. Depuis, ce sont trois millions d’étudiants européens, qui en ont bénéficié. Et ce sont trois millions de bébés, qui sont nés de couple formés au cours de ce séjour. 27 % des anciens Erasmus disent avoir rencontré leur conjoint lors de leur court exil, soit près d’un étudiant sur quatre.

J’aurais de très nombreux exemples à vous donner. Mon propre cas, d’abord, puisque j’ai rencontré un Polonais à Cadix. Je connais ici des couples franco-espagnol, franco-allemand, allemand, germano-espagnol, mexicano-italien qui se sont formés ces neuf derniers mois à Cadix.

Aucun d’entre eux n’était venu avec la volonté de trouver l’amour. Avec la distance, les différences, ça posait plus de problèmes que d’avantages. Et s’ils avaient rencontré quelqu’un qui leur plaisait beaucoup, ils posaient une date butoir. La fin d’Erasmus serait la fin de leur couple. Ça n’a été véritablement le cas que pour un couple, sur les cinq que je connais. Et la Commission européenne nous a prouvé que ça pouvait durer plus longtemps qu’on ne l’avait d’abord prévu.

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