Quand on lit les témoignages des anciens Erasmus, quand on parle avec eux, on se demande ce qui retient les autres en France. En discutant autour de moi, les réponses variaient : argent, famille, langue…

Et mon frère m’a simplement expliqué : « C’était facile de partir pour toi. En tout cas plus que pour d’autres. Tu n’as jamais été timide. En septembre, tu es partie avec déjà un bon niveau d’anglais et des bases en espagnol. C’est pas le cas de tout le monde. »

J’y ai réfléchi et je me suis dit qu’il avait raison. Si on se sait timide, on aura forcément moins envie de se lancer dans une aventure solitaire à l’autre bout du monde. Si on se dit nul en langues étrangères, alors on s’imagine isolé, dans un pays inconnu qui ne s’ouvre pas à nous.

Raison n° 1 de ne pas partir : « Je ne parle que français ! »

Sauter la barrière de la langue … Vous me direz que c’est facile à dire. C’est vrai, surtout a posteriori. Mais si je n’ai pas vécu votre cas, je connais des gens qui se trouvaient confrontés aux mêmes difficultés et qui les ont surmontées.

Prenons un exemple. J’ai deux amis polonais, Karol et Filip. Aucun d’eux ne parlait un mot d’espagnol un an avant de partir en Erasmus aux îles Canaries. Mais la lente procédure administrative d’admission en Erasmus vous laisse le temps de vous préparer.

Filip, à son réveil, étudiait 40 minutes de vocabulaire espagnol, puis 40 autres minutes à son coucher. En arrivant à Las Palmas, il se sentait à l’aise, et en en revenant, six mois après, il avait acquis un niveau C1. C’est-à-dire le niveau bilingue, juste en dessous des natifs.

Karol a choisi une façon un peu plus brutale de se mettre dans le bain. Il trouvait le moyen de se faire inviter par des locaux à leurs soirées. Il ne parlait pas la langue, mais écoutait, essayait de retenir des mots, et c’est comme ça qu’il a atteint un niveau de communication correct en espagnol.

Une autre personne que j’ai rencontrée en covoiturage et qui est partie un an en Angleterre m’a dit qu’avant de partir, elle ne parlait pas un mot d’anglais. Je lui ai demandé comment elle avait fait. Elle m’a simplement répondu « Il a bien fallu que je me jette à l’eau. » C’est à dire ? Étudier l’anglais tous les jours. Noter les mots qu’elle apprenait au quotidien. À la fin de l’année, elle est revenue bilingue.

L’excuse de « la barrière de la langue » n’en est pas une. Au contraire, le séjour à l’étranger va vous permettre de vous améliorer. Si vous partez sans aucun bagage, vous n’aurez que plus de marge pour vous améliorer. Et ce bagage, il ne tient qu’à vous de bien le préparer ou non.

Raison n°2 de ne pas partir : « Je suis timide »

C’est plus difficile de penser au départ quand on est une personne réservée. Quand chaque rentrée scolaire a été un nouveau traumatisme, une peur d’être isolé et seul à l’heure de la cantine.

Je n’ai pas rencontré beaucoup de personnes réservées en Erasmus. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on est tous revenus avec plus d’assurance, plus de capacité d’adaptation et une facilité à se sociabiliser.

Alors, justement, si vous êtes timides, et que cette timidité vous gâche un peu la vie, Erasmus peut être un excellent remède à ce mal.

Évidemment, ce n’est pas la manière la plus douce de se traiter, puisque ça implique de se jeter dans l’eau froide, mais au retour, vous ne serez plus la même personne.

Vous pouvez déjà prévoir d’arriver quelques semaines avant la rentrée, de rencontrer du monde dans une auberge de jeunesse, ou dans une colocation que vous aurez déjà organisée, pour vous donner un peu plus de temps et de douceur au démarrage.

Si ça peut vous rassurer, se retrouver au milieu d’inconnus, ce n’est facile pour personne. Les gens qui seront autour de vous seront dans exactement le même cas. Alors les moins timides iront vers les autres, et les choses se feront naturellement, si vous restez ouvert à la rencontre.

Raison n°3 de ne pas partir : « Trop de choses me retiennent en France ! »

Une des excuses les plus répandues, que j’ai entendue de la bouche d’une personne qui venait visiter l’Espagne, est celle-ci :

« Vous avez vraiment beaucoup de chance, mais moi je ne pourrais pas faire ça. Il y a trop de choses qui me retiennent en France. Je peux pas laisser ma vie derrière moi ».

Laisser sa vie derrière soi. C’est exactement le terme qui décrit l’impression du départ. Pourtant, elle est fausse. Tout simplement parce que le séjour à l’étranger n’est pas une mort qui laisse place à une renaissance. Ce n’est pas une parenthèse dans votre vie. Même si, oui, vous changerez, que vous reviendrez avec d’autres perspectives, peut-être d’autres projets, ce n’est que la continuité.

Vous ne laissez rien derrière vous, même si vous avancez. À votre retour, les amis, la famille, le copain ou la copine seront là où vous les aurez laissés. Les relations auront peut être changées, mais ça, c’est parce que vous aurez évolué, et eux, pas forcément. Ce n’est pas quelque chose à craindre. Au contraire.

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