Tarquinia, ville tranquille à 100 km de Rome, incarne la campagne italienne. Les hautes herbes s’assèchent au soleil, le long des plages au sable granuleux. Une destination idéale pour les estivants en quête de repos et de calme.
Pourtant, en avril 2016, au camping de Tarquinia, c’est tout sauf de la tranquillité que l’on trouve : un terrain saturé de tantes, des files d’attentes devant les toilettes et les douches, une piscine où des centaines de jeunes se déchaînent sur des tubes d’Avicci et boivent de l’alcool fort sur les pelouses, un restaurant qui sert des pizzas et des pâtes fraîches à toute vitesse.   La raison de tant d’activité en basse saison ? L’Autostop Race. La plus grande course d’auto-stop d’Europe.
Organisée par l’Université d’économie de Wroclaw (Pologne), la course à cette année encadrée 2000 participants. L’objectif est de partir de Pologne et d’arriver le plus rapidement possible à la destination désignée en levant le pouce par deux, seulement armés de sac à dos, de carton et de marqueurs.
Après Valence, cette année, les étudiants se ruent sur Tarquinia.   Cette année, les gagnants sont deux garçons. Ils ont traversés les 1600 km en seulement 19 heures, soit 4 heures de plus que s’ils étaient partis avec leur propre véhicule. Ils ont réussi à convaincre le deuxième automobiliste à les avoir pris de venir avec eux en Italie.
Ce sont cinq jours de fête qui sont organisés au camping et tout le monde est accueilli.   Pour les autres, le voyage durera en moyenne trois jours. Trois jours durant lesquels le sommeil et la nourriture seront réduits au strict nécessaire. Car perdre une minute au bord de la route, c’est peut-être perdre l’occasion de la bonne rencontre avec la voiture qui s’arrête devant nous et nous fait signe de monter, nous permettant de baisser le bras, et de reposer notre visage fatigué de sourire d’une manière engageante.
Après plus de 70 heures à éprouver sa patience et son optimisme, à voire défiler les automobilistes qui ne ralentissent pas, ou seulement pour nous faire un signe de refus, où l’on a faim, froid, où l’on se sent épuisé et sale, on arrive à destination en ne pensant qu’à deux choses : prendre une douche chaude et un bon et long petit déjeuner. Des projets banalisés par le quotidien, mais qui dans de telles conditions font figures de luxes bien lointains.

Natalia, moi, Aleksander et Karol, sur le départ.
« L’auto-stop, c’est une manière de voyager qui nous rend humbles face à la vie. » résume Anna, voyageuse habituée à l’auto-stop. « Mon copain vit à Paris, moi, en Pologne. Quand je vais le voir, je fais le voyage en auto-stop, pas en avion. » Elle explique que cette pratique, c’est plus qu’un défi que l’on s’impose. C’est aussi une façon de chercher le contact humain avec des inconnus, de rencontrer des personnes que le hasard met sur notre chemin. En trois jours, on entre dans des dizaines de voitures et on rencontre des Polonais, des Tchèques, des Allemands, des Autrichiens, des Italiens, des jeunes, des actifs, des retraités, des voyageurs, des conducteur de camions. Bref, on prend un bain de diversité au dépend du confort le plus rudimentaire, le temps de quelques jours.
Kinga, une des organisatrices bénévoles de l’Autostop Race témoigne du succès impressionnant de cette course insolite. La première année déjà, 600 étudiants y avaient pris part. Six ans plus tard, les places ont été limitées à 2000 pour que l’organisation reste gérable car bien plus ont tentés d’avoir une place à temps.
Un succès étonnant ? Pas tellement. Ces jeunes ont soif de rencontres et d’aventures. Ils posent une limite à la société individualiste et sécurisée qu’on leur a imposée. L’autre n’est pas pour lui un danger potentiel, mais une richesse qui demande à être découverte. Une réaction contre le risque zéro assez mal vécu par les parents si l’on en croit l’immense panneau devant lequel on pose à l’arrivée au camping : « Maman, je suis en vie ! »
L’Autostop Race, peut être le début d’un refleurissement de pouces au bord des routes ?
Camille Elaraki
Photos de Karol Uznański
Share: