“J’ai retrouvé ce journal dans deux cahiers des armoires bleues de Neauphle-le-Château.
Je n’ai aucun souvenir de l’avoir écrit.
Je sais que je l’ai fait, que c’est moi qui l’ai écrit, je reconnais mon écriture et le détail de ce que je raconte, je revois l’endroit, la gare d’Orsay, les trajets, mais je ne me vois pas écrivant ce Journal. Quand l’aurais-je écrit, en quelle année, à quelles heures du jour, dans quelles maisons? Je ne sais plus rien.
Comment ai-je pu écrire cette chose que je ne sais pas encore nommer et qui m’épouvante quand je la relis. Comment ai-je pu de même abandonner ce texte pendant des années dans cette maison de campagne régulièrement inondée en hiver.
La douleur est une des choses les plus importantes de ma vie. Le mot « écrit » ne conviendrait pas. Je me suis trouvée devant des pages régulièrement pleines d’une petite écriture extraordinairement régulière et calme. Je me suis trouvée devant un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment auquel je n’ai pas osé toucher et au regard de quoi la littérature m’a fait honte.”
Marguerite Duras résume ainsi son roman La Douleur où elle raconte le retour de son époux, Robert L. des camps allemands. Elle décrit l’attente, l’angoisse, et le rétablissement, long, de l’homme qui ne semble plus être homme.
Si j’écris aujourd’hui cet article en hommage à celle que certains appellent Mag.Du, c’est parce que sa découverte a été pour moi, une véritable révélation, presque religieuse. Ma mère en lisant cela sourira sûrement. C’est elle qui, un soir, a déboulé dans ma chambre avec L’Amant, le premier roman de Duras entre les mains. “Tiens, c’est court, c’est beau. Un classique ! Tu dois le lire !” C’est qu’après avoir regardé la Grande Librairie, je m’étais rendu compte de mes lacunes littéraires malgré trois années de classes prépa. Je devais lire plus. Alors j’ai pioché des livres dans la bibliothèque familiale. Hugo, Fournier, Sagan … J’ai d’abord ouvert Duras. Et là, je me suis dit “La littérature, c’est ça ! Exactement ça !”
Duras envahit mon fond d’écran et mes lecture. Il n’y a plus qu’elle. Je deviens fanatique. Pourtant, elle est loin de faire l’unanimité. Le style haché, les répétitions, le réalisme extrémiste de ses histoires (c’est surtout sa vie, qu’elle écrit), ça ne plaît pas à tout le monde. Même plus, certains la haïssent, et d’autres, comme moi, l’adorent. Jamais, elle ne laisse indifférent. Pour cela je crois, elle mérite d’être lue, ne serait-ce qu’une fois.
Pour illustrer mon propos quant à la virulence des réactions face au style de Duras, je vous invite à cliquer ici. Vous verrez que je n’ai pas exagéré !
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