Les stands de toiles noires se montent les uns à côtés des autres. Les gérants fixent leur numéro, bien visible au dessus de leur emplacement pour que les clients fidèles s’y retrouvent. « Vous avez déjà mangé ? Alors demain, mon frère. N’oubliez pas, numéro 42 ! » Les plats commencent à embaumer l’atmosphère. Les touristes se réunissent sur de longues tables qui permettent la proximité entre étrangers. On apporte des couscous, des tajines et des fritures de poissons. Les amateurs de folklore se risquent à s’asseoir autour des grandes marmites où l’on fait bouillir des escargots dans de la sauce au réglisse. Les voyageurs plus curieux, à des tables qui exposent des têtes cuites de mouton et vous invitent à déguster leur cervelle. De quoi surprendre les papilles ! Les Marrakchis s’amusent des grimaces accompagnant les premiers coups de fourchette. Mais finalement, certains dépassent leurs inhibitions et s’exclament « C’est pas mauvais! » Les locaux et les touristes se mêlent sur la place pour manger ensemble.
  Quand vous visitez les autres villes du Maroc, on vous prévient : « Marrakech ? Arnaqueche ! » C’est souvent vrai car dans la ville la plus touristique du royaume, si vous demandez le prix dans une autre langue que l’arabe, le prix passe du simple au triple. Mais le soir, sur la Place Jamaa el fna, les prix sont déjà annoncés sur les menus. Ils sont les mêmes, que vous soyez de Tanger ou de Paris. 30 dirhams (soit 2,77 euros) pour trois soles frites, 5 dirhams (0,47 cents) pour un bol d’escargots. Le dîner, pour un touriste occidental, ne vaut vraiment pas cher ! Pourtant, ces repas ne sont pas donné pour tout le monde et on se rend bien compte que les Marocains présents font partie d’une classe sociale assez aisée.
  Pour rencontrer la street-food populaire de Marrakech, il faut s’éloigner de la grande place et des ruelles du souk et sortir des sentiers battus. Vous vous rendrez compte que la cuisine de rue est omniprésente dans la ville. Où que vous soyez, vous pourrez trouver des vendeurs de jus d’orange, de jus de canne à sucre, de pâtisseries qui se promènent en poussant leur roulotte et en criant le nom de leur produit. Vous reconnaîtrez le vendeur vraiment local à son niveau de français. Les commerçants de rue, généralement, n’ont fréquenté que des écoles publiques et donc arabophones. Ceux qui parlent des langues étrangères ont appris sur le tas de leur métier. Un des vendeurs d’épices que nous avons rencontrés nous a assuré qu’il avait appris huit langues simplement en discutant avec les touristes. Alors vous l’aurez compris, si vous croisez le chemin d’un vendeur qui ne parle qu’arabe, ce dernier ne doit pas avoir affaire à beaucoup de touristes. Vous êtes au plus près du Marrakech authentique. Et alors, vous pouvez déguster à la marocaine : avec les doigts !
Camille Elaraki
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