L’orient, pour nous autres Français, c’est souvent des odeurs épicées, des couleurs chaudes, bref, le déploiement des sens. Alors, imaginez un mariage oriental ! Que voyez-vous ? Une explosion de paillettes et de couleurs ? Des plats qui attisent vos papilles ? Vous n’êtes pas loin ! Nous avons été invités à célébrer l’union de Sofia et Amine à Marrakech et nous avons vécu l’expérience pour vous.
Le souffle tiède d’une brise, une nuit claire, une piscine où flottent des bougies et des fleurs, tout est calme. Difficile de s’imaginer qu’un mariage est célébré à quelques dizaines de mètres de là. Nous passons une arche végétale, et soudain, c’est une fanfare folklorique marocaine qui nous accueille. Les hommes soufflent dans des trompettes, les femmes chantent. On nous tend une petite tasse de lait et une datte. Chaque invité avale cette collation de bienvenue qui doit porter bonheur au jeune couple. Le lait et les dattes sont des aliments de base au Maroc. Ils représentent la prospérité.
C’est ensuite le futur époux, Amine qui nous reçoit, tout sourire. Il est habillé d’une simple djellaba blanche, une tenue traditionnelle, légère et souple. Un costume adapté à la température douce d’une nuit printanière marocaine. Il est entouré de ses proches qui ont participé activement à l’organisation du mariage : sa mère, sa belle-mère et sa belle-sœur. Ce sont eux qui s’occupent d’accueillir les invités.
La future épouse, elle, se fait désirer, car elle se prépare encore. Son entrée doit être le moment phare de la soirée. Depuis le matin, elle est accompagnée des « filles encore à marier » parmi ses proches. Elles l’entourent lors de la cérémonie du henné, sorte d’enterrement de vie de jeune fille à la marocaine, où la future mariée se fait tatouer les mains et les pieds. Les symboles dessinés sur sa peau sont censés la protéger du mauvais œil. Ses amies l’assisteront également lorsqu’elle changera de tenue, car traditionnellement, une jeune mariée marocaine doit porter sept robes différentes le soir de ses noces. Sept robes représentant les sept régions du Maroc, et originellement pour les sept jours de réjouissance. Elle porte d’abord la robe de Fez, la fessia, très large, qui lui encadre la tête et lui donne l’air d’une pharaonne. C’est une robe très contraignante et sans doute la plus impressionnante pour des yeux occidentaux. C’est normalement, cette tenue qu’arbore la mariée pour faire son entrée en grande pompe. Les six autres toilettes sont des Takchitas, c’est à dire des caftans voilés d’un tissu léger, souvent transparents et à paillettes. La vie moderne impose que l’on réduise le nombre de jours de fête, mais pas celui des tenues. Quoique Sofia a décidé de n’en porter que trois pour pouvoir profiter davantage de la soirée.
En attendant, la célébration a déjà commencé. Une dizaine de tables élégamment dressée de blanc sont prêtes à accueillir les 200 invités. Nous nous asseyons où bon nous semble, car les noms ne sont indiqués nulle part. La musique orientale bat son plein. Certains dansent, jouant des hanches et des épaules. D’autres préfèrent goûter au thé à la menthe, aux smoothies et aux pâtisseries qui circulent dans la salle.
A 23 heures, sur les écrans géants, ce ne sont plus les invités que l’on voit danser, mais les premières images de la mariée, prête, couronnée d’un diadème, qui dans les coulisses, s’assoit dans une doura, sorte de table qui sera portée par des hommes. Le jeune époux, lui aussi changé, vêtu d’un costume de velours noir, prend place dans une autre doura. Dour, en arabe, signifie « un tour ». Et il s’agit effectivement de « faire tourner » les mariés dans la salle, au-dessus des convives, pour que tous puissent les admirer. Ils seront ensuite déposés devant leur trône surélevé, là où les invités pourront les admirer tout au long de la soirée. C’est d’abord un défilé de proches qui se forme pour pouvoir se faire prendre en photo avec le jeune couple. Cela dure des heures. En attendant, les autres continuent de danser.
La tradition voudrait que les mariés restent ainsi assis toute la nuit, trônant en majesté. Sofia et Amine ont fait le choix de ne pas suivre cette tradition, malgré la présence d’une negafa, chargée de faire respecter la coutume. Ils dansent et même diffusent des titres occidentaux pour se déchaîner comme en boite de nuit. La vidéo de leur chorégraphie a fait le buzz sur Facebook. Certains se sont dits choqués, d’autres, ravis que l’on finisse par mettre au placard des traditions obsolètes. « On voulait casser l’image de la mariée immobile qui baisse les yeux. Et puis c’est un moment qui nous appartient. Alors, pourquoi suivre des traditions qui sont clairement dépassées ? » explique Sofia.
Dans la nuit, les jeunes époux se prennent par la main, suivis du cortège des invités, et se dirigent vers le jardin. Là les attend le ladoul, sorte de notaire qui fera signer le contrat de mariage aux jeunes époux et présidera l’échange des alliances. Ce moment est beaucoup moins important que dans les noces occidentales. Si le couple doit être visible tout au long de la soirée, à ce moment-là, c’est une foule d’invités qui se tassent autour de la table où il signera le contrat. On ne les voit que difficilement.
C’est seulement après cela que le repas est servi. Traditionnellement, il doit être composé d’une pastilla, d’un plat de viande et d’une corbeille à fruits. On ne mange donc que très tard dans les mariages orientaux. La famille de la mère de Sofia, française, a été surprise par ce détail. « Je n’ai pas déjeuné, pensant que j’allais trop manger ce soir. Je ne savais pas qu’on ne dînerait qu’après minuit ! » s’amuse Eric, un ami de la famille.
La fête continue jusqu’à l’aube. Jusqu’au moment de l’apothéose où la mariée apparaît en robe blanche. Cette nuit, Sofia aura été une Shéhérazade du 21e siècle, voulant lier coutumes et modernité. Elle conclut : « On voulait un mariage qui nous ressemble et je crois qu’on a réussi ce pari. »

Camille Elaraki

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