Devant la maison du jeune marié, les voisins déguisés s’agglutinent pour l’empêcher de sortir et d’aller chercher sa promise. Pour dégager le chemin, le garçon d’honneur doit distribuer des bouteilles de vodka bien fraîches. Ce sera d’ailleurs sa mission durant toute la journée : s’assurer que jamais la vodka ne vienne à manquer, pour personne. C’est seulement alors que peut débuter le mariage polonais où nous ont invités Kasia et Marcin.
Nous nous trouvons dans une église toute neuve. Des pétales de roses tapissent le sol par où les fiancés passeront. Kasia est voilée de blanc, Marcin, guindé dans un costume noir. Ils défilent lentement sous les yeux des invités, puis viennent s’asseoir sur deux chaises au milieu de l’allée, devant le prêtre, pour écouter la messe qui leur est dédiée. On se croit dans un film américain, où la tradition se répète. L’échange des vœux et des alliances, le « je le veux » de circonstance, et le baiser des nouveaux époux sous les applaudissements et les jets de riz. Pourtant, l’union de Kasia et de Marcin n’est pas si commune. En Pologne, pays catholique très pratiquant, les jeunes gens ont l’habitude de se marier, civilement, et religieusement en une fois à l’église. C’est le prêtre qui leur fait signer les papiers officiels. Ils se marient généralement assez tôt, puis commencent à vivre une vie de famille. Ce n’est pas le cas de Kasia et Marcin qui ont déjà ensemble une fille de 18 mois, Sofia, et qui, avant de célébrer leur union religieuse, se sont mariés à la mairie, en petit comité. La raison ? Sofia est arrivée un peu par surprise et l’argent manquait pour fêter, comme il se doit, un mariage traditionnel. En attendant, l’union civile faisait l’affaire, même s’il est important pour Marcin que Kasia devienne finalement « sa femme, de manière plus spirituelle ». Après la cérémonie religieuse et l’ambiance solennelle, les voitures se suivent en klaxonnant jusqu’à l’hôtel-restaurant qui accueillera les invités pendant 48 heures. Kasia et Marcin ont misé sur un établissement trois étoiles donnant sur un lac et un parc de loisirs. Accrobranche, jeux d’échecs géants et balançoires sont à la disposition des enfants déserteurs. Avant d’entrer dans le restaurant, le jeune couple reçoit un shot de vodka. Ils le boivent cul sec et le jettent par-dessus leur épaule. Le verre brisé leur portera chance, tout comme le pain et le sel qu’ils doivent encore manger pour voir les portes s’ouvrir. Les flûtes de champagne, empilées les unes sur les autres, se proposent aux invités. Mais attention, seuls les hommes s’avancent pour aller chercher deux coupes. Une pour eux-mêmes, et une pour leur compagne. Puis, une file indienne se dessine devant le couple des jeunes mariés. Chacun dispose de quelques secondes  pour les saluer, les féliciter, et leur offrir de l’argent, une bouteille de vin et une carte de vœux. Normalement, l’argent reçu par le couple doit pouvoir compenser les dépenses de la célébration. À partir de là, la fête commence. La piste de danse s’enflamme, les plats garnis de nourriture ne se désemplissent jamais. Les verres sont toujours remplis de vin et les shots, eux, doivent se vider le plus vite possible. Marcin s’invite à la table de ses convives. En signe d’amitié, il boit de la vodka avec eux. « Si vous refusez de boire avec quelqu’un, il peut très mal le prendre. Croire que vous ne l’appréciez pas. » avertit Agata.
Pendant que Marcin sirote, raisonnablement, puisqu’il ne fait que mouiller les lèvres quand les autres ingurgitent cul sec avec lui, Kasia, elle, danse aux bras de tous les hommes. C’est une preuve de galanterie, chez les Polonais, d’inviter la mariée à danser, puis de la remercier par un baiser déposé sur la main.   Les convives mangent, boivent et dansent à leur guise. Jusqu’au moment où les jeux commencent. Ces jeux sont animés par le DJ. Ce dernier se montre créatif en mettant les jeunes mariés dos à dos. Chacun d’eux a tient un ballon bleu, représentant Marcin, et un ballon rose, représentant Kasia. Ils doivent lever l’un ou l’autre lorsque le DJ pose des questions : « Qui s’occupera de sortir les poubelles ? », « Qui aime l’autre le plus ? », « Qui a parlé de mariage le premier ? » Parmi les nombreux jeux proposés, le célèbre lancer de bouquet aux jeunes filles à marier. Mais aussi, le lancer de nœud papillon pour les jeunes damoiseaux et le mariage singé du nouveau couple élu par le hasard qui aura le privilège d’ouvrir le bal du soir aux côtés de Kasia et Marcin. Au fur et à mesure que la nuit s’avance, les invités se retirent dans leur chambre d’hôtel pour se reposer quelques heures.
Les ventres sont gonflés, les foies éprouvés, les pieds meurtris, mais les esprits enjoués. C’est les yeux cernés, mais le sourire aux lèvres que tous se retrouvent pour le petit déjeuner. À peine le café est-il bu, que l’on voit les soupes arriver sur les tables et le mojito se présenter, même si cette fois, on opte plutôt pour la bière. Les tenues sont plus décontractées. La robe de la mariée est rose et assortie de ballerines. « Si les noces durent plusieurs jours, c’est un vrai faux-pas de mettre deux fois la même tenue. » explique Viola. La musique reste présente, mais basse. Les crânes font encore mal. On préfère la promenade au bord du lac à la danse endiablée de la veille. Ça aère un peu le cerveau. La cérémonie se termine calmement, dans une atmosphère bucolique. Kasia et Marcin, Sofia dans les bras, prennent le temps de dire au revoir à chacun de ceux qui sont venus célébrer avec eux leur amour, avant de retourner vivre leur vie de famille dans le nouvel appartement qu’ils viennent d’acheter.
Camille Elaraki
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