A toi qui lisais mes textes, je t’offre celui-ci
Un écran d’ordinateur et une page Oppen office, blanche. C’est comme ça que ça finit avec toi. Des lettres tapées, imprimées, figées. Avec Victor, c’était différent : quelques mots sur un bout de papier, jaune je crois, et le feu pour tout consumer. Un symbole, peut-être. J’avais l’impression que la fumée éleverait mes pensées jusqu’à lui. Les années ont passé et aujourd’hui c’est ton tour. Cette nuit, tu es passé me voir dans un rêve. Peut-être que c’était vraiment toi. Tu riais de ta mort et de notre souffrance. Cynique comme tu es, ça te ressemble presque. Je me souviens de ton rire. Un rire de surface pour cacher quelque chose de plus profond. Quelque chose sous tes chemises noires. Tu riais des autres et de toi, aussi. On était cruels comme des enfants, avec des mots d’adulte. Tu te souviens du ton sur lequel je te parlais ? Des insultes qu’on s’envoyait ? Et tu te souviens aussi, de cette soirée sur le bateau ? C’était une nuit d’été sur le port de Cherbourg. On a grimpé sur un pont au hasard, on a allumé une cigarette et on a regardé la fumée s’effacer dans le noir. Est-ce que tu te souviens des Smirnov Ice qu’on buvait au goulot près du billard de l’Eldorado ? Tu te souviens de cet après-midi où tu as essayé de m’apprendre à fumer le cigare ? Tu le coinçais entre le majeur et l’index et tu applatissais ta main sur ton visage. Ça aussi, ça nous faisait rire. Est-ce que tu te souviens des séances shopping imposées à Etam, de l’école bussionière pour rouler un joint sur les rails d’un train ? Est-ce que tu t’en souviens, de tout ça, aujourd’hui que tu n’es plus là ? C’était l’époque où on jouait les rebelles. L’époque où on écoutait du métal, où on parlait de cul en fumant et en buvant. L’époque où on voulait respirer la liberté et la jeunesse qui s’en fout.  On avait 17 ans. La vie a suivi le cours du temps. On a laissé tous ces jours derrière nous. On a grandis, mûris et le lycée, on l’a oublié. C’est une époque qui me rattrape et m’assome quand je lis ce message : tu es mort. Une époque qui convulse une dernière fois et qui s’efface avec toi. Elle est aujourd’hui plus incertaine, plus vague. Un fantôme qui ne vit plus que dans ma mémoire. Tu n’es plus là pour corriger mes souvenirs. Il n’y a plus qu’un écran d’ordinateur. Ce même écran où tu apparaissais ces dernières années. Où tu bougeais, où tu parlais. Un écran où il ne reste que des photos et des sourires qui ne s’éteignent jamais.
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